LA MUSE

Note d’intention

Dans la Grèce classique les artistes étaient des élus, qui par la grâce d’invocations et de rites aspiraient le souffle des filles des dieux, aussi appelées les Muses. Elles donnaient  l’inspiration qui assemblée au talent  pouvait générer une source de créativité indispensable, pour l’originalité, la qualité et la quantité de travail que pouvait réaliser avec succès un artiste.

Dans la recherche d’une explication plus rationnelle, certains théoriciens affirment que l’inspiration est le fruit du hasard par lequel se rencontrent d’une manière soudaine et simultanée des idées et des pensées à quiconque, d’autres font référence au génie, à une sorte de révélation de l’esprit, qui porte l’artiste à un état d’extase, de frénésie, de fureur poétique qui va lui permettre de créer des œuvres magistrales. Freud quant à lui situe l’inspiration dans le psyché interne de l’artiste, dans son inconscient. Elle émerge face à un conflit psychologique ou un traumatisme profond.

En tout cas, tous sont d´accord sur le fait que l’inspiration se trouve,  par sa propre nature, hors du contrôle de l’artiste, et qu’elle est involontaire et irrésistible.

Je démarre de ce postulat pour écrire mon scénario, je m’appuie aussi sur la tradition historiquement connue que l’inspiration peut être déclenchée par la présence d’une muse..

La muse terrestre possède tous les stéréotypes de la féminité (maîtresse, épouse, mère, vierge), elle est associée à la beauté, à l’intelligence, à la sensualité, à la pureté, à la passion et de certaine manière à la fatalité. Une muse renonce à ses propres rêves pour se convertir uniquement en un objet d’inspiration, et se reconnaître dans les œuvres de son maître, elle se résigne à vivre dans ce reflet. Elle sacrifie son potentiel créatif pour exister dans les œuvres qui la recréent et la glorifient,  mais dans la réalité elle s’efface. De cette manière elle assume sa propre fatalité et se transforme en un outil au service de l’imaginaire de l’artiste. Autrement cela ne fonctionne pas, à titre d’exemple on peut  réfléchir à ce qui est arrivé à Camille Claudel lorsqu’elle a essayé de s’échapper des griffes de Rodin pour récupérer sa liberté créative.

J’évoque la légende d’une célèbre muse terrestre, Phryné de Thespies (Grèce, An IV avant JC), accusée d’avoir révélé les secrets des Mystères d’Eleusis, (rites qui célèbrent le retour de l’enfer de Perséphone chaque année), et jugée en procès d’impiété pour avoir comparé sa beauté à celle des déesses. Phryné a légué à notre héroïne son nom et sa beauté,  elle partage aussi un pouvoir ésotérique, ancestral, inimaginable, ….

Le film aborde toutes ces légendes et théories dans une histoire simple. Une suite d’événements fortuits bouscule les protagonistes et provoque la dite inspiration.  Kévin DUVAL est un héros tragique, un sculpteur avec talent mais sans confiance, qui à presque 40 ans vit seul et au dépend de son frère cadet.  Alors qu’il prépare une prochaine exposition, et pour ne plus être dépendant de son frère, il fait sur commande des masques et des bustes funéraires.

La confrontation des deux frères dans la scène d’ouverture présente le contexte général.

Les mots prophétiques que Théodore lance à Kévin  « …ce dont tu as besoin est de tomber amoureux d’une femme qui te fasse souffrir à mort… »  donnent une idée de ce qui va se passer par la suite.

De son côté, notre Phryné joue le rôle traditionnel et passif, elle assume avec fatalité et soumission son rôle de muse-objet. Un sympathique employé de la morgue qui se dit  «subjugué par les grecques», présente Phryné Grimaud et raconte à Kévin l’histoire de la muse de Thespies faisant le parallèle entre les deux femmes.

Respectant les rites anciens, Kévin au beau milieu d’un orage, va invoquer Phryné pour qu’elle se convertisse en sa muse et lui donne la grâce de l’inspiration. Elle répond à l’appel provoquant à Kévin un traumatisme atroce, une décharge mortelle d’où va surgir une fureur créative incontrôlable qui va lui apporter la reconnaissance et la célébrité.

En complément, grâce à ce film, le spectateur va avoir un contact directe avec quelques-unes des techniques de la sculpture, comme la réalisation complète d’un moule.

Il y a aussi quelques touches sur le mécénat actuel, sur les options de survie d’un artiste, les contradictions rencontrées dans la dite critique d’art et la restitution parfois absurde de l’information télévisée.

Ma motivation première, à l’écriture de ce court métrage,  est que je suis moi-même une artiste plastique qui a vécu personnellement la problématique de l’inspiration et qui connaît parfaitement le mécanisme mortifère que déclenchent les dites  muses . Je souhaite participer à ce projet de long métrage qui englobe tous les beaux-arts. Le thème que j’aborde est universel, il concerne les 7 arts majeurs et je suis certaine que mon histoire va avoir un impact sur les spectateurs et va être un thème de réflexion pour les muses modernes qui au quotidien renoncent à leurs propres rêves pour se convertir en de simples objets d’inspiration.

On dit que  “derrière un grand homme il y a une grande femme”, mais en tant que femme je pose la question, est-il nécessaire de rester derrière ?  Est-il nécessaire de mourir symboliquement et se sacrifier pour donner cette impulsion ?

 

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